dimanche 11 juin 2017

Opération Masse critique, Marc Petit, dans le secret d'une oeuvre


Aux origines des sphères...


Merci à Babelio et aux Ardents Editeurs pour la découverte de ce beau livre et de cet artiste aux personnages forts comme le temps. Lors d'une exposition à l'abbaye d'Auberive, Marc Petit ressentit le besoin d'une nouvelle oeuvre qu'il intitula Le Testament. Douze hauts-reliefs évoquent des épisodes du sculpteur. Lui qui s'interdisait les références biographiques utilisa alors le terreau de son expérience personnelle. Pourtant, rien n'est évident : des corps, des multiplications de personnages ou des solitudes. La vie demeure un mystère.


En 12 médaillons évoquant les mois, Marc Petit joue sur des références  : médaillons médiévaux, miroirs de bronze antiques ou anciens, les mouvements de la vie et de la mort sortent des reliefs et des creux. Les événements évoqués mêlent clarté et mystère : dire le quotidien et ses fracas en termes bruts et nus n'empêche pas un langage sinueux qui transfigure le banal.



Accompagnées des poèmes de Muriel Mingau qui illustrent et interrogent le mystère de la sculpture, les nombreuses photographies de l'ouvrage présentent des fragments et détails où la chair de la matière vibre et semble interroger l'oeil du lecteur.


Un très beau livre qui se feuillète ou se médite dans la nuit obscure comme dans le calme d'un matin lumineux.

lundi 5 juin 2017

Expo Miles Hyman, Mij, Moulins (03)


L'étrange de l'illustration...


Américain né dans les années 60, Miles Hyman débute sa carrière aux alentours de 1980 en collaborant avec de nombreux journaux. Lire, le Magazine littéraire, le New Yorker sont quelques quotidiens qui feront appel à ses talents. Son cadrage assez cinématographique, ses couleurs qui jouent avec des références aux images des années 50 vont lui permettre de travailler pour des maisons d'édition nombreuses en vue de faire les couvertures de certains romans.


Evoluant entre les Etats-Unis et la France, il élargit sa palette et s'intéresse aussi à l'illustration jeunesse, notamment certains livres pour enfants écrits par sa grand-mère et qui étaient déjà des succès éditoriaux depuis de nombreuses années.


Tant dans ses œuvres en couleurs qu'en noir et blanc apparaît une constante : la volonté de jouer avec les représentations et les clichés afin de surprendre le lecteur ou le regardeur. Une bibliothèque, une rue assez banales de prime abord se voient transformées en lieu de l'étrange par l'apparition d'une ombre ou d'un mouvement inattendus. Souvent, c'est au public lui-même de terminer l'histoire en gestation : simple ombre portée ou irruption du fantastique au sein du quotidien.


Certaines images, plus irrationnelles encore, combinent l'humour, la poésie et le fantastique et créent un univers en équilibre entre l'horreur et le merveilleux, l'amusant et l'effrayant. Mais c'est toujours l'énigme qui semble conduire ces figures que viennent créer l'ombre et la lumière.


L'entre-deux, la marge, la frontière sont les territoires de prédilection de ces illustrations : elles créent une attente et un débordement possible qui pourra submerger ou enchanter le spectateur.
Jusqu'au 18 juin 2017 :

vendredi 2 juin 2017

Expo ceux de la poésie vécue : Ernest Pignon Ernest, Chapelle du Méjan, Arles (13)


 Traces poétiques...



A l'occasion de la sortie d'un nouvel ouvrage avec André Velter, la chapelle du Méjan présente quelques travaux d'Ernest Pignon Ernest évoquant diverses figures de poètes et écrivains que ce dernier a inscrit sur les murs de nombreuses villes à travers le monde.


Darwich en Palestine, Genet à Brest, Rimbaud à Charleroi ou Maïakovski à Avignon et bien d'autres encore...Depuis les années 1970, le travail du dessinateur qui offre sa production au temps et à la vie hante les immeubles et quartiers des grandes villes mondiales a évoqué de très nombreuses figures poétiques comme étendard d'une certaine résistance à la brutalité, à la bêtise ou à l'incompréhension.


Pierre, encre, crayon dessinent des ombres, des figures; des traces de la sensibilité des mots qui s'impriment sur les traits marqués et marquants des visages des poètes du XX° siècle. La démultiplication des esquisses, des portraits sont autant de thèmes et variations d'une humanité qui se marque sur la face des créateurs de verbe.


De la posture classique à l'évocation fugitive, le corps ou le regard de ces dessins préparatoires disent déjà la parole qui hante l'esprit et la présence qui s'imprimera sur les murs des villes du monde entier. Symphonie sur une douleur ou une fulgurance, le trait de l'artiste creuse le papier et habite l'espace.


Des présences en noir et blanc jusqu'au 7 juin 2017 :
http://lemejan.com/programme.htm

dimanche 21 mai 2017

Expo Les Combas de Lambert, Fondation Lambert, Avignon (84)


Mauvais genre...


Paris a présenté Buffet cet hiver et durant la mi-2017, Avignon présente Combas; autant dire un retour sur deux mauvais élèves de l'Art. Décriés, conspués alors qu'ils connurent une fulgurante ascension, Buffet et Combas font reparler d'eux en grand. Pour ce qui est du Sétois, les expositions sont pourtant nombreuses depuis quelques années...mais toujours en dehors de Paris comme le regrette l'artiste. Autre regret qui concerne l'exposition Lambert : le manque d'œuvres récentes. Certes, mais c'est sans compter sur la brouille entre les deux hommes qui mit fin à leur collaboration.


N'en demeure pas moins un festival coloré de la grande époque : les années 80 avec ses corps triomphants, son ton enjoué et ses jeux (pas toujours drôles) sur les références et les titres. Le leader de la Figuration Libre témoigne dès ses débuts d'un jeu avec les codes de l'art et de la culture. Le besoin de mettre en avant les références populaires et un discours anti-institutionnel ne doit pas occulter le travail de composition et finalement un véritable discours sur notre société et sur le cliché.


Le corps triomphant, le sexe en majesté participent à la fois d'une représentation sans tabou et d'une dénonciation des pulsions et cachées et parfois trop mises en avant dans notre société contemporaine. On veut du sexe, de la violence et on en aura...et jusqu'à plus soif. La faute à Combas ? La faute plutôt à l'hypocrisie du bien penser et de la société d'hyper-consommation qui basculent les êtres entre néant et hystérie.



Restent quelques toiles, véritables odes à l'amour et à la vie qui recherchent le bonheur de dire et représenter dans les lignes et les couleurs...
Jusqu'au 5 juin 2017 : http://www.combas.com/blog/les-combas-de-lambert-exposition-en-avignon/

dimanche 14 mai 2017

Expo Kimono, au bonheur des dames, Musée Guimet, Paris (75)



Histoires de vêtement...




Issus en parti des collections de la très vénérable maison Matsuzakaya, fondée à Nagoya en 1611, les kimonos présentés lors de l’exposition « Kimono, au bonheur des dames », évoquent quelques grands moments de ce vêtement tant masculin que féminin.


Marqueurs sociaux, le tissu et le motif impriment leur présence et donnent l’allure aux silhouettes tant aristocratiques que marchandes. Accompagnés par le obi, cette longue ceinture qui architecture le maintien, ou par des parures de coiffure, ces costumes se font représentant des diverses castes de l’ère Edo.



Animaux, flore, dessins géométriques ou mon dessinent un imaginaire collectif rempli de légendes ainsi qu’un amour pour la nature qui demeurent constants mais qui varient aussi selon les modes qui se mettent en place durant les siècles. Les vêtements luxueux présentés font souvent parti du trousseau de mariage, accompagnant nécessaire de toilette ou panoplie de calligraphie.


Cet élément symbolique de la tradition japonaise sera repris par la mode tant nippone qu’occidentale alors qu’il a disparu du quotidien à partir de l’ère Meiji. En témoignent les créations de Kenzo Takeda, Junko Koshino ou encore d’Yves Saint-Laurent : la silhouette se déstructure mais l’idée du pli, la mise en scène du tissu demeurent. Le kimono demeure cet espace de maintien et de rêve qu’il fut dès ses origines.

Un songe de soie et autres matières à découvrir au musée Guimet jusqu’au 22 mai 2017 :
http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/kimono-au-bonheur-des-dames





lundi 8 mai 2017

Water is Memory, stade équestre, Vichy (03)


Mémoires de fous...




 Quatrième édition pour Water is Memory avec plusieurs expositions au stade équestre. Outre les photos du lieu transformé en camp de réfugié durant la Seconde guerre et un panel de portraits de résistantes bourbonnaises, une exposition évoque la série d'articles qu'Albert Londres consacra aux asiles : "Chez les fous".



Après des articles-charges contre les bagnes et les pénitenciers, c'est à un autre genre de système carcéral que va s'attaquer le journaliste en 1925. Plusieurs fois empêché d'entrer et de faire son métier, Londres tentera même de se faire passer pour fou afin de procéder à son enquête.

Cette difficulté d'entrer est bien sûr signe d'un milieu qui mêle moyens moyenâgeux à techniques modernes plus que douteuses. Si bien sûr le monde de la psychiatrie est en pleine construction, les méthodes abordées sont effarantes : gavages, trépanations, mélange des tous les patients : l'asile est encore ce lieu où l'on enferme des gens qui dérangent plus qu'un lieu où l'on soigne des patients.


Un mélange d'ironie et d'indignation qu'accompagnent des clichés pris par Londres et qui ne purent être utilisés lors de la publication des articles. De nombreux événements ponctueront mai jusqu'au 14:

dimanche 7 mai 2017

Opération Masse critique, album Pierrochio


C'est pas si vilain de mentir...

 Rien que le nom du héros a pu vous mettre la puce à l'oreille : le jeune Pierrochio gagne sa vie en vendant de fausses potions et en faisant fleurir ses talents de bonimenteur. Entre Pierre, Pinocchio et Aladin, le héros a un potentiel mensonger assez prononcé.

 

Mais voilà qu'en une place de marché, une jeune fille demande une potion particulière : une potion qui fait rire. Pour la première fois, le menteur invétéré n'ose pas avoir recours à ses habitudes...puis une fiole se met à parler au garçon et lui promet de réaliser ses désirs : un contenant sensé enserrer du vent et du vide ! Et qui lui demande de toujours dire la vérité.

Pierrochio part à la conquête de l'inconnue, de la richesse au château du pays et ses mensonges vont bien lui servir; enfin, c'est ce qu'il croit...

Grâce aux Editions Beurre salé et Babelio, j'ai donc pu découvrir cette histoire d'Isabelle Wlodarczyk qui s'amuse et nous amuse avec ce pastiche de contes traditionnels et son héros assez attachant. Les illustrations de Parastou Haghi, mêlant noir et blanc à quelques couleurs bien choisies, ponctuent de manière dynamique ce récit distrayant.

 

A placer dans les mains des grands comme des petits menteurs

https://www.editions-beurresale.com/catalogue