lundi 29 décembre 2014

Expo Le geste suspendu, Cabinet d'arts graphiques, Genève (Suisse)


Arrêt sur images...


Fort d'une très belle collection d'estampes de l'ère Edo, le Cabinet d'arts graphiques n'avait pas montré de pièces de cette collection depuis plusieurs décennies. C'est chose réparée à travers cette exposition qui centre son propos autour de la représentation de l'acteur kabuki (autant vous dire que je m'y suis précipité!!).

Construite auteur des figures scéniques, la thématique de l'acteur est reprise à travers de grandes estampes publicitaires assez rares qui faisaient la promotion des spectacles en dehors du lieu de spectacle. 

Viennent ensuite divers supports comme les estampes pour éventails (uchiwae) ou pour raquettes du jeu du Nouvel An. Car à support éphémère, la figure de l'acteur répond par son caractère visuel et tendance selon les saisons atmosphériques et scéniques. Sont aussi évoquées les écoles d'Osaka  avec leurs traits caractéristiques qui furent des concurrentes des écoles d'Edo même si celles de la capitale étaient plus prolifiques et répandues.



La pièce centrale permet de montrer une grande partie d'une série de Kunisada II qui évoque les héros des Guerriers de Satomi, pièces inspirées d'un roman de Bakin, auteur du XIX° siècle, qui fut un maitre du récit moderne avec ses épisodes à tiroirs et son utilisation des ressorts folkloriques : tout commence par l'union d'une princesse avec un esprit chien....la suite consiste en de rocambolesques aventures de héros vertueux qui seront dépeintes en 100 volumes!

 

On restera suspendus à ces gestes imagés jusqu'au 11 janvier :



samedi 27 décembre 2014

Expo Les Clergue d'Arles, Musée Réattu, Arles (13)


Photosensible...


Arlésien, fondateur du festival de la photographie et figure majeure de cet art, Clergue est  célébré au musée Réattu. Ce qui correspondait avec son quatre-vingtième anniversaire va se clôturer avec un événement plus triste : la mort du photographe en novembre.

Jusqu'au 5 janvier, deux expositions insistent sur les influences et relations qu'il entretenait. A travers une banque de photos assez impressionnante, se dessinent des réseaux de correspondance avec Weston, Izis ou Mapplethorpe. En écho, des clichés des différentes périodes de Clergue qui tournent autour de la ville, de la guerre, des gitans ou bien encore les fameux nus qui resteront probablement les images-phares de l'oeuvre.


Une deuxième exposition insiste sur la relation qu'il entretint avec Picasso depuis les années 50 : on connait l'anecdote qui veut que le jeune homme propose un cliché du peintre au sortir des arènes et Picasso d'aller d'un commentaire encourageant. Ce lien qui est en train de se créer ne va cesser de se solidifier au fil des années. La tauromachie sera un élément essentiel de cette relation et donnera lieu à divers dessins et oeuvres présentés au musée, issus de la collection particulière de Clergue.
Ce dernier multipliera les clichés qui mettent en scène Picasso, élaborant ainsi un véritable dialogue pictural qui ne finira qu'à la mort du peintre.


Mention spéciale pour des oeuvres de 2005 qui mêlent photos de nus et peintures de l'artiste néo-classique Réattu : une bien belle manière d'insister sur l'érotisme de ce peintre ainsi que de poétiser et fantasmer la chair réelle des clichés!

jeudi 25 décembre 2014

Poésie et illustration 8 : Ainsi comme unicorne suis de Thibaut de Champagne


De corne et de désir...




Je suis comme la licorne
Qui se trouble en regardant
Et en contemplant une pucelle
La bête a tant de joie de sa douleur
Qu’elle tombe pâmée sur son sein.
Alors on la tue par traîtrise...

Et moi en vérité j’ai été tué de
La même manière par Amour et par ma Dame.
Ils ont pris mon cœur, je ne peux le reprendre.
Dame, lorsque je fus devant vous,
Et que je vous vis pour la première fois,
Mon cœur se mit à battre
A un point tel qu’il vous resta quand je partis.

Alors il fut conduit, captif,
En la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes de beau regard,
Et les anneaux de bon espoir.

De cette prison, c’est l’Amour qui a la clef,
Et il a placé là trois geôliers :
Beau-Semblant est le nom du premier,
Et c’est Beauté qui en fait des maîtres.
Devant la porte il a mis Domination,
Créature repoussante et félonne,
Vile et puante, méchante et scélérate.

Ces trois geôliers-là sont rapides et hardis
Et ont vite fait de s’emparer d’un homme.
Qui pourrait supporter la tristesse
Et les assauts de ces portiers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne vainquirent en un combat aussi dur.
Ils vainquirent en combattant,
Mais ceux-là, on les vainc en les humiliant.
Endurance en est le gonfalonier et,
Dans le combat dont je vous parle,
Il n'est d'autre secours que merci.


Une pièce de la lyrique amoureuse médiévale qui reprend l'animal mythique de la licorne. Selon des légendes, l'animal invincible ne peut qu'être attrapé par une jeune fille vierge et malheur aux menteuses! Bien sûr lorsqu'on parle de ce motif, la tapisserie des 5 sens vient tout de suite à l'esprit et c'est à partir de celle de la Vue que G Lemercier a travaillé afin de réaliser son illustration.


mardi 23 décembre 2014

Expo Jacqueline Delubac, MBA Lyon (69)


De la scène à la cimaise...
Née à Lyon, l'actrice J Delubac va rapidement s'imposer sur la scène et devant les caméras des années 40. Troisième femme de Sacha Guitry, cette dernière va parfaire un goût pour la peinture moderne qui va ne cesser de s'accroitre au fil des années. Loin de se cantonner à des valeurs sûres comme Renoir ou Braque, Delubac fera des choix plus novateurs comme en témoignent certaines oeuvres de Laam provenant de sa collection.


Participant à l'effervescence de la vie culturelle du Paris de l'Après-Guerre, l'actrice accompagne les artistes ou les couturiers qui savent lui plaire. Loin de rechercher le confort du bon goût, elle saura créer la surprise et l'innovation dans sa collection, apportant une touche réellement personnelle à l'ensemble qu'elle rassemble.


Après le don de ces oeuvres au MBA depuis plusieurs décennies, cette exposition met à l'honneur une collectionneuse au goût sûr qui sut faire confiance à son instinct plutôt qu'à un dictat quelconque du marché de l'art ; un principe dont peut se féliciter le musée puisque la donation lui a permis de recevoir quelques oeuvres majeurs de la période contemporaine et asseoir son statut de musée majeur en province et en France.


A voir jusqu'au 5 janvier :
http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/collection-delubac/jacqueline-delubac3488

samedi 20 décembre 2014

Challenge Ecrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui 5 : l'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage de Haruki Murakami


Des goûts et des couleurs...


 Tsukuru rencontre Sara mais la magie n'opère pas entièrement : la jeune femme trouve le trentenaire au-delà de leur relation, indiquant une fêlure dans le personnage. Vient une confession : l'histoire d'un groupe de 5 jeunes gens de Nagoya qui tendait à une harmonie. Tsukuru est l'Incolore, celui qui ne possède pas de couleur dans son nom et qui ne possède pas non plus de talent particulier comme les quatre autres.


Harmonie brisée lorsqu'un beau jour Tsukuru se voit rejeté du cercle sans explication. Acceptant silencieusement cet état de fait, il plonge dans une mélancolie qui le mène aux lisières de la mort puis reprend les rênes de la vie mais de manière complètement modifiée, essayant d'oublier cette fêlure qui devient une béance mentale et sensuelle.

Sara pousse Tsukuru à trouver les clefs de ce mystérieux rejet afin de soigner celui qui l'attire. Et d'aller de surprises en mystères après un silence de près de 15 ans. Un pèlerinage sur les traces de l'adolescence dans un Nagoya endormi qui passera par un crochet jusqu'en Finlande.


Des  aveux divers qui conduiront Tsukuru à se découvrir et à réviser son jugement sur son passé et lui-même. Emaillé par des songes et des visions qui mêlent les corps des protagonistes, le voyage sentimental et mémoriel du héros plonge le lecteur dans une douce mélancolie...



mercredi 17 décembre 2014

Expo Jannis KOUNELLIS..., Mam, St Etienne (42)


Mémoire et imaginaire...


Affilié au mouvement de l'Arte povera, Kounellis s'est imposé de par son utilisation de matières brut qui impliquent une représentation du monde du travail ou de la culture. Il s'agitde faire travailler les représentations et l'Être de la matière, sa seule présence qui dit parfois plus que certains discours.


Travailler le fer, le charbon dans l'ancienne ville minière permet de réinterroger une histoire à la fois présente dans l'esprit des habitants mais qui a tendance à s'effacer ou à se modifier au gré d'une mémoire qui s'arrange avec le Temps. Les multiples jeux entre coloris grisés, surfaces et matières minières insufflent un dialogue imagé au sein de l'espace autant que dans l'imaginaire du public.


Parmi les autres artistes présentés, mention spéciale pour les dessins de Cornelia Schleime : aquarelles, dessins figurent un monde qui dit le désir mais aussi le destin de la femme dans notre société européenne. Mélange entre liberté et emprisonnement dans un corps ou un espace, le désir est toujours une force présente dans ces oeuvres. Ainsi, celui-ci se manifeste-t-il à travers le phénomène de l'hybridation qui permet d'évoluer dans les marges des codes sociétaux : entre rire, émerveillement ou angoisse, les êtres pas si fantastiques de Schleime esquissent une humanité en perpétuel mouvement moral et physique, comme si dessiner l'autre ou soi-même devenait une gageure presque intenable.


A voir jusqu'au 4 janvier 2015 :

samedi 13 décembre 2014

Poésie et illustration 7 : la barque de Verhaeren


Quand le froid s'installe...

L'hiver lance ses premiers assauts et les gelées se multiplient. Une époque où le temps semble s'arrêter et attendre quelque chose ou quelqu'un afin que la vie revienne. Dans sa barque, le poète belge Verhaeren transcrit cette atmosphère mystérieuse qui met en scène l'attente physique et sentimentale...toujours illustrée par le dessinateur Gwendal Lemercier!



Il gèle et des arbres pâlis de givre clair
Montent au loin, ainsi que des faisceaux de lune ;
Au ciel purifié, aucun nuage ; aucune
Tache sur l'infini silencieux de l'air.

Le fleuve où la lueur des astres se réfracte
Semble dallé d'acier et maçonné d'argent ;
Seule une barque est là, qui veille et qui attend,
Les deux avirons pris dans la glace compacte.

Quel ange ou quel héros les empoignant soudain
Dispersera ce vaste hiver à coups de rames
Et conduira la barque en un pays de flammes
Vers les océans d'or des paradis lointains ?

Ou bien doit-elle attendre à tout jamais son maître,
Prisonnière du froid et du grand minuit blanc,
Tandis que des oiseaux libres et flagellant
Les vents, volent, là-haut, vers les printemps à naître ?

dimanche 7 décembre 2014

Expo Courbet, les années suisses, Musée Rath, Genève (Suisse)

Dernières années...


1873 : l'Ogre de la Commune quitte la France après les turbulences de1871. Courbet fuit son pays qui l'a condamné après l'épisode du démontage de la colonne Vendôme. Pour l'Histoire de l'Art, l'exil suisse voit un artiste cassé qui ne peindra que des toiles alimentaires avant de mourir rapidement....Et pourtant!

Durant trois années, Courbet va multiplier les oeuvres. Le château de Chillon sera certes un motif alimentaire mais certaines versions sentent la grande peinture réaliste. De même, des lieux suisses seront immortalisés par le peintre qui montre encore une vigueur bien réelle. 


Et puis, il y a la constitution d'un musée, à travers des copies de toiles de Maitres qui indiquent les amours picturales de Courbet. De même, celui-ci emporte dans ses valises de nombreuses de ses oeuvres qui lui tiennent à coeur et qui aujourd'hui sont disséminées dans la plupart des grands musées européens. Cette ouverture au public permet d'approcher cet homme qui veut transmettre son travail et son esthétique, de même que son inscription dans la vie de son lieu de résidence à travers quelques sculptures qui chantent ce pays d'exil et qui laissent entrevoir une envie d'un retour au pays natal.


Une révision d'une fin de vie à la fois riche et intelligente qui permet une meilleure connaissance de cet artiste incontournable :
http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/expositions-evenements/expositions/gustave-courbet/?fb_locale=de_DE

mercredi 3 décembre 2014

Opération Masse Critique, album Le prince dragon

Dangers du désir...


Encore une belle découverte grâce à Babelio et aux éditions Belin jeunesse : au-delà des brumes, par-delà les fjords, un roi et une reine s'aiment et tout semble concourir à leur bonheur. Pourtant, le ventre de la reine reste désespérément plat! 

Un beau jour, celle-ci rencontre une vieille femme qui l'aidera dans sa quête d'enfant. Toutefois, les consignes ne seront pas tout à fait suivies...Mais tout ceci est vite oublié et le couple se voit gratifié de la nouvelle tant attendue. Oui, mais comme dans tous les contes, une recommandation oubliée est la graine de problèmes futurs et il en va ainsi dans cette histoire. Que pourra mettre au monde la reine qui a désobéi?


Outre un texte fluide qui utilise les éléments du conte traditionnels, un véritable émerveillement est créé à travers les magnifiques illustrations d'Olivier Desvaux. Une grâce et une poésie dans chaque scène qui nimbe l'histoire d'un halo de mystère et de contrastes.

Le grand format de l'album permet de mieux déguster ces coloris et ces nombreux jeux sur la lumière et les ombres, rendant au récit tout un charme et un caractère féérique certain : un bel album à mettre entre toutes les mains.


samedi 29 novembre 2014

Poésie et illustration 6 : Une fée de V. Hugo

Inspiration médiévale...


Poème évoquant l'inspiration poétique, Hugo utilise de manière insistante la veine médiévale puisque la pièce se trouve dans l'un de se premiers recueils : Les Odes et ballades. Appartenant à cette veine troubadour qui remet en scène le Moyen-Age après des siècles d'oubli, le recueil et partant ce poème insistent sur les rêveries nées de ces anciennes légendes ; car c'est un hymne à une fantaisie peut-être libérée du poids de l'Antiquité grecque qui est ainsi chanté par le poète.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi.

C’est elle dont le luth d’ivoire
Me redit, sur un mâle accord,
Vos contes, qu’on n’oserait croire,
Bons paladins, si votre histoire
N’était plus merveilleuse encor.

C’est elle, aux choses qu’on révère
Qui m’ordonne de m’allier,
Et qui veut que ma main sévère
Joigne la harpe du trouvère
Au gantelet du chevalier.
Dans le désert qui me réclame,
Cachée en tout ce que je vois,
C’est elle qui fait, pour mon âme,
De chaque rayon une flamme,
Et de chaque bruit une voix ;

Elle, — qui dans l’onde agitée
Murmure en sortant du rocher,
Et, de me plaire tourmentée,
Suspend la cigogne argentée
Au faîte aigu du noir clocher ;

Quand, l’hiver, mon foyer pétille,
C’est elle qui vient s’y tapir,
Et me montre, au ciel qui scintille,
L’étoile qui s’éteint et brille,
Comme un œil prêt a s’assoupir ;

Qui, lorsqu’en des manoirs sauvages
J’erre, cherchant nos vieux berceaux,
M’environnant de mille images,
Comme un bruit du torrent des âges,
Fait mugir l’air sous les arceaux ;

Elle, — qui, la nuit, quand je veille,
M’apporte de confus abois,
Et, pour endormir mon oreille,
Dans le calme du soir, éveille
Un cor lointain au fond des bois.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi !

Comme l'illustration de G Lemercier le montre, il s'agit aussi de montrer l'importance de la figure féminine comme moteur de la création et de la fantaisie. Un poème lyrique où l'imaginaire vient hanter les vers...

mercredi 26 novembre 2014

Expo Keith Haring : affiches vintage, Pont de la machine, Genève (Suisse)


Afficher ses convictions...


Plus de 85 affiches produites par K. Haring dans les années 80/90 sont présentées, permettant d'évoquer le travail de l'artiste à la fois en tant que créateur et en tant que militant. Car, à travers une production assez importante, c'est tout un pan de la vie culturelle et sociale de l'Occident qui se trouve convoqué devant nos yeux.


Jubilatoire personnage typique du créateur qui est utilisé à des fins publicitaires, tant par Lucky Strike que des marques d'alcool, on croise l'emblématique silhouette militant pour l'égalité en Afrique du Sud, en train de fêter la chute du Mur ou d'ouvrir la porte médiatique à la lutte contre le Sida, fléau naissant de ces années 80/90 dont la scène new-yorkaise sera une des nombreuses victimes.


Le mouvement, le jubilatoire pour faire effondrer tous les murs de l'intolérance et des stéréotypes sont ainsi une marque de fabrique de l'univers de Haring ; un peu comme si le Hip-hop et ses mouvements saccadés venait vitaliser un art affichiste trop pesant et immobile.

Un art du mur à (re)voir jusqu'au 18 janvier 2015 :

http://www.sig-ge.ch/nous-connaitre/support-et-communications/se-divertir/espace-expo-pont-machine/l-espace-exposig

samedi 22 novembre 2014

Opération Masse critique, L'éblouissement d'un regard,JJ. Tschudin


Découverte d'un art théâtral...

Un grand merci tout d'abord à Babelio et aux Editions Anacharsis pour cet envoi des plus intéressants! Car en effet, L'éblouissement d'un regard est un essai très riche qui permet de mieux comprendre la réception occidentale des formes de théâtre japonais, le nô et le kabuki pour l'essentiel.

Si les écrits jésuites du XVI° siècle font mention de la scène nipponne, la fermeture rapide du pays va faire oublier cette forme artistique jusqu'à la réouverture de l'ère Meiji vers le milieu du XIX° siècle.


Toutefois, cette découverte est un processus assez complexe qui ne se fait pas toujours de manière objective : les voyageurs occidentaux sont fascinés par les acteurs mais ne peuvent supporter la musique d'accompagnement. Les opinions ethnocentrées restent des variantes qui marquent en profondeur le regard des Américains et Européens sur le Japon et sa culture. Ainsi, les Anglo-saxons sont-ils choqués par l'acteur onnagata (homme qui joue le rôle de femme), oubliant que leur théâtre élisabéthain fonctionnait sur le même principe de travestissement. 


Outre les voyageurs, des troupes japonaises vont se rendre en Occident lors des Expositions universelles, notamment. Une actrice comme Saddayakko va envouter de nombreux spectateurs et dramaturges occidentaux : Stanislavsky ou Coppeau seront étonnés du jeu et des nouvelles possibilités que ces formes asiatiques pourraient apporter à la dramaturgie occidentale.

Cependant, les pièces et jeux présentés aux Occidentaux sont déja des adaptations : les puristes du Nô et du Kabuki se moqueront de ces troupes qui déforment la dramaturgie classique. Or, du côté des Occidentaux, ce manque d'authenticité ne sera pas vraiment un élément qui choquera les consciences. C'est plus l'esprit et les grands principes qui intéresseront les créateurs.



L'éblouissement de la scène japonaise mettra du temps à laisser la place à un spectacle nippon authentique et exact par rapport à la tradition du pays. Toutefois, l'influence des planches japonaises est indéniable dans les pièces et surtout les réflexions des théoriciens dans la première partie du XX° siècle.


dimanche 16 novembre 2014

Expo Nudités insolites, Musée Barbier-Mueller, Genève (Suisse)

Lire le corps...


La nudité corporelle qui inonde nos médias ne fait souvent passer qu'une image partielle : celle héritée des canons classiques de la Grèce antique. Toutefois, cette vision est loin d'être partagée par la plupart des civilisations traditionnelles et même du vieux fonds occidental comme en témoignent les statuettes des Cyclades.

Pour nombre de civilisations africaines ou asiatiques, la nudité est un témoignage de la vigueur de la nature et un appel aux esprits pour la fécondité et donc la reproduction de l'espèce. Autant dire que les sexes multipliés ou surdimensionnés sont légions : la sculpture est une prière qui appelle la protection des dieux.


De même, la structure du corps est bien souvent schématisée, imposant plus une présence et donnant de l'importance à la silhouette plutôt que voulant montrer une exactitude anatomique. Le corps est alors symbole de la présence au Monde et de sa participation aux cycles de la Vie.


L'exposition met aussi en écho certaines sculptures cubistes qui vont rafraichir leur vision anatomique aux sources africaines ou polynésiennes, laissant la part belle à la structuration et aux lignes.


Un corps à déchiffrer jusqu'au 15 février 2015 :
http://www.barbier-mueller.ch/

mercredi 12 novembre 2014

challenge Ecrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui 4 : Chansons populaire de l'ère Showa de Murakami Ryu

Déflagrations solitaires...


Une bande de trentenaires que peu de choses lient se retrouvent certains samedis afin de chanter des chansons des années 60 à 80 et jouer à Papier/pierre/ciseau, tout en avalant pas mal d'alcool. Ces solitudes ajoutés vont petit à petit se lier et se dévoiler.
Des joutes de doigts, on passera à un véritable meurtre perpétré par Sugiyoka : suivant une femme peu attirante, ne voyant en elle qu'un objet sexuel, la filature se terminera par la mort de la femme. 

A partir de ce moment, une violence en chaîne va se mettre en action : faisant elle aussi partie d'un groupe, celui des Midori (toutes les femmes portent ce nom!), ses compagnes décident de venger cette dernière et partent à la recherche du meurtrier.



Les meurtres en série se déroulent en alternance avec des réunions en apparence bien anodines, bercées par des mélodies de Pinky and Killers (un nom qui colle bien au récit) ou d'autres groupes de cette fin de l'ère Showa.
Du sang, du karaoke, une guerre des sexes sur fond de chansonnette romantique, voilà les contrastes qui structurent le livre. Il ne faut pas oublier une violence et une crudité qui n'iront que croissant durant toute l'histoire. Les meurtres simples se trouvant être des moyens trop lents, les quelques rescapés masculins imagineront une formule plus expéditive : une bombe atomique artisanale!


Dénonçant le vide et l'individualisme forcené, le livre démontre à travers une mécanique implacable la violence comme moteur d'une fraternité absurde; absurdité mise en scène tout au long du texte par les nombreux ricanements et sourires en coin qui insiste sur le désenchantement de personnages qui ne trouvent pas de place dans une société qui ne parait plus avoir de sens.


Un texte nerveux, entre le conte moderne et le roman de non initiation!